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  Les manifestations linguistiques de la politesse en français et en anglais

Danielle Brunon

 

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“Les manifestations linguistiques de la politesse en français et en anglais” (Politeness in French and in English). Conference by Danielle Brunon at the 6th session of the Doctoral Program in General and Applied Linguistics at the University René Descartes (Paris V – Sorbonne), in March, 1999.

 

Introduction

La transmission d’un message peut appeler ou non la résonance souhaitée. Au cours d’interactions entre américains et français, nous avons eu l’occasion d’observer de nombreux malentendus autour d’un mot, d’une formulation, d’un geste ou d’une intonation perçus de manière erronée. Et il est connu qu’un message bien perçu dans sa langue d’origine, français ou anglais, puisse perdre sa force de conviction dans une traduction, même de qualité. Dans l’apprentissage, certaines difficultés face à la langue anglaise s’avèrent récurrentes et presque «inextricables». Par exemple, les francophones recourent souvent à la formule calquée sur le français it is necessary to do it ou it is possible to do it en lieu et place de la formule habituelle : We must do it ou We might do it. Or si la différence entre le système verbal de l’anglais et du français peut contribuer à expliquer cette difficulté [1], celle-ci ne nous semble pas suffisante pour justifier la ténacité surprenante de la formulation impersonnelle chez les francophones. Cependant, quelles qu’en soient les causes, une telle formulation est susceptible de nuire à la qualité de la communication interculturelle et c’est en cela qu’elle attire notre attention.

Les causes de ces malentendus, de ces pertes de sens et de ces difficultés, sont évidemment multiples, mais, pour le linguiste qui se penche sur le contraste entre les deux langues, il nous semble que le modèle transculturel de la politesse « positive » et « négative » proposé par Penelope Brown et Stephen Levinson offre des pistes intéressantes [2].

L’édifice théorique de Brown et Levinson repose sur un concept central, la notion de face et quatre notions de base qui en découlent : la face positive / négative, le désir et la menace. Le terme de face, qui doit être pris dans le sens de perdre la face est défini comme l’image de soi que tout être souhaite présenter et qui constitue un aspect fondamental de son rapport au monde : face is something that is emotionally invested, and that can be lost, maintained, or enhanced, and must constantly be attended to in interaction [3]. La face est une entité double car constituée de ce que Brown et Levinson appellent une face positive et une face négative. Tout être éprouve  des désirs liés à l’une ou l’autre de ces faces : face wants (désirs de face) [4] Les notions que nous associons au concept de positive face want sont celles du désir de rapprochement, de communauté, d’être suivi, apprécié, celles que nous associons au concept de negative face want  traduisent un désir de distance, de ne pas être dérangé [5].

La plupart des interactions comportent un danger potentiel pour l’une de ces faces, des face threatening acts, FTA, (actes menaçant la face). C’est-à-dire qu’il y a une vexation potentielle au sein de toute interaction et la politesse a pour fonction de sauvegarder l’harmonie entre les êtres grâce à la prise de précautions devant ces dangers en puissance dans l’échange. De cet édifice découlera le système des politesses négatives et positives. Si la politesse peut être considérée comme l’ensemble des usages et des règles devant régir le comportement et le langage entre les hommes voulant avoir le meilleur commerce possible entre eux, ce modèle permet d’en observer la relativité culturelle.

Nous avons mené une étude afin d’identifier les moyens linguistiques dont nous disposons en anglais et en français, pour remplir les différentes fonctions de la politesse négative et de la politesse positive. C’est ainsi que nous avons eu recours à un ensemble de soixante-dix messages  laissés sur répondeur, destinés à un interlocuteur unique [6]. Nous tenterons ici de donner un aperçu des résultats de cette analyse, et de suggérer comment ces observations peuvent contribuer à éclairer certaines divergences entre le français et l’anglais US.

 

Les manifestations linguistiques de la politesse positive

Selon Brown et Levinson, les réalisations linguistiques de la politesse positive sont donc axées autour d’un principe que l’on pourrait appeler « communautaire ». Deux valeurs essentielles sous-tendent le modèle : l’affirmation d’un terrain commun (claim common ground), l’affirmation de la coopération (convey that S (S pour Speaker) and H (H pour Hearer) are cooperators ) et la volonté de répondre aux souhaits de l’autre (Fulfill H’s wants). Brown et Levinson n’identifient pas moins de quinze stratégies qui découlent de ces valeurs et qui entraînent un certain nombre de procédés linguistiques, lexicaux, grammaticaux et prosodiques. Nous avons relevé un grand nombre d’exemples, très divers, de manifestations linguistiques de ces différentes stratégies. Nous en présentons ici une petite sélection.

Un des procédés les plus caractéristiques de la politesse positive est celui qui consiste à amplifier l’intérêt, l’approbation, la sympathie que l’on éprouve pour l’autre (n°2 : exaggerate interest, approval, sympathy with H). Cette stratégie se réalise souvent par des marques de mise en valeur : des intonations, des accents toniques [7], des choix lexicaux ou des outils syntaxiques Il s’agit de procédés courants en anglais [8], et leur absence peut constituer une offense. L’apparition d’outils tels so  est fréquente : Anyway, in addition, it would be so nice to see how you are and say hello (10.5). Un exemple récurrent est l’utilisation de love dans un contexte assez banal : I would have loved to have had dinner with you (27.1). Les superlatifs sont nombreux : I hope you’re having a wonderful time wherever you are. (64.2).

Un autre procédé consiste à confirmer que les deux interlocuteurs appartiennent à une même communauté, par le biais de marqueurs communautaires (n°4 : Use in-group identity markers). Les formes d’adresse viennent immédiatement à l’esprit. Dans les langues qui disposent d’un Tu / Vous (T/V), le T peut être le marqueur  d’appartenance communautaire. Une autre manière d’établir le terrain commun entre interlocuteurs est l’utilisation d’un langage informel qui indique une compréhension mutuelle de cette transgression du code linguistique officiel. Il peut s’agir d’expressions idiomatiques, ou familières : Hey, D (10.1) (Salut) ;  so I get the picture (12.1) (Je comprends) ; I am calling up a storm (13.1) (J’appelle beaucoup). Dans le contexte de l’entreprise, l’anglais US regorge d’un langage très informel emprunté aux activités  d’une communauté virile, militaire ou sportive : on parlera  souvent de winners et de loosers, de good guys ; bad guys ;  on dira to tackle an issue (qui provient d’un geste sportif : to tackle the ball) etc… Le président d’une banque fera référence à une bataille boursière ainsi : We’re marching into this arena carefully. Le terme play apparaît souvent : How do you want to play it ? Latin America is a great long term play [9].

Dans un autre procédé où il s’agit de présupposer, d’établir, d’affirmer des terrains communs, (n°7 : presuppose, raise, assert common ground), la manipulation de la deixis (constitué des déictiques) peut permettre d’établir un terrain commun. Les déictiques dépendent de l’instance du discours, ils sont donc les meilleurs indices d’une connaissance partagée, d’une connivence potentielle au regard de la réalité en question. Pour la deixis personnelle, la formulation « il  est venu », plutôt que l’utilisation du nom de la personne implique une connaissance partagée de la personne en question. Pour la deixis locative, la formule « je serai ici », plutôt que « chez moi » suppose que l’on a en commun la connaissance du lieu auquel on fait référence. De même, pour déchiffrer la deixis temporelle « à ce soir », il faut être dans une situation d’énonciation concrète pour avoir connaissance du soir dont il s’agit. La manipulation déictique permet de se glisser dans le point de vue de l’autre : observons la deixis locative, qui est particulièrement signifiante. English seems to encode a basic positive politeness ‘taking the role of the other’ point of view in the usage of ‘come’… [10] Brown and Levinson comparent des exemples frappants, qui permettent de constater que l’utilisation de come  peut transformer un énoncé impoli en énoncé poli : Come and meet me at my favourite restaurant on Conduit Street (poli) Go and meet me at my favourite restaurant on Conduit Street (impoli) [11]. Le premier énoncé est poli car le locuteur se place sur le terrain déictique du récepteur. Il est intéressant de noter que de nombreux exemples de cette utilisation de come  figurent dans  notre corpus : I can just come in  with the key (8.2) If you do come home (25.1) [12] Les déictiques here and there fonctionnent également dans ce sens. De nombreux procédés permettent d’affirmer que les interlocuteurs coopèrent. ( n°9-14 : convey that S and H are cooperators). L’un d’entre eux concerne le degré d’optimisme  qui caractérise la politesse positive (n°11 : be optimistic) : OK ? Alright so, great, if you could get back to me, thanks, talk to you soon, bye (72.12) we’re looking forward to seeing you, ok big kiss, bye. (77.2). Cette tendance à mettre l’accent sur «l ’ultra -positif» se retrouve dans ce qu’on pourrait appeler  « l’anglais des affaires qui marchent ». On trouvera dans le rapport annuel 1999 de General Electric : We had a great year, dans un discours de Bill Clinton prononcé en janvier 2000 à Davos : The new economy is wonderful, dans une publicité pour la banque JP Morgan : I will never let good interfere with great, signifiant que ce qui est bien est tout à fait insuffisant. Il y a également, et ceci diffère radicalement du schéma de la politesse négative, l’optimisme qui consiste à indiquer que l’interlocuteur ne sera pas vraiment dérangé : I’ll pop in and out, I don’t think you’ll mind, I hope you don’t mind (54.1).

La valeur de la coopération est marquée par une tactique linguistique qui consiste à inclure les interlocuteurs dans l’activité, le plus souvent à l’aide de pronoms (n°12 : include both S and H in the activity). Nos messages sur répondeur ne présentent pas de pronoms ayant cette fonction inclusive, mais Brown et Levinson relèvent des exemples éloquents :  In Tzeltal, the inclusive « we » form is often used to soften requests, as if pretending that H wants the object or action requested as well : (134) (inclusive) want your little salt (Nous –inclusif- voulons votre petit sel) […] And equally to soften offers, pretending that S is as eager as H to have the action performed : (136). We  (inclusive) will shut the door, ma’am. The wind’s coming in. (Nous –inclusif- allons fermer la porte, Madame, le vent entre dans la pièce) [13]. Ceci est assez caractéristique de la manière dont l’anglais permet de formuler les demandes. Alors qu’un vous m’enverrez cette lettre ce soir (s’il vous plaît) de la part d’un patron s’adressant à sa secrétaire en fin de journée alors que lui-même s’apprête à quitter le bureau, serait acceptable en français, l’interaction équivalente en anglais exigerait une formule comme Could you send this letter out tonight, mais un nous  inclusif pourrait être encore plus efficace :  Let’s get this letter out tonight  ou We need to get this letter out tonight. En réalité, ce nous ne s’adresse qu’à celui qui devra exécuter la tâche, mais il confère une tonalité de coopération qui facilite l’interaction, car elle correspond aux normes de la politesse positive [14].

 

Les manifestations linguistiques de la politesse négative

Globalement, tout acte linguistique qui se trouve classé dans le schéma de la politesse négative, vise à protéger la face négative de l’interlocuteur et parfois la face négative du locuteur. It is the heart of respect behaviour, just as positive politeness is the kernel of «familiar» and «joking» behaviour. Negative politeness corresponds to Durkheim’s “negative rites”, rituals of avoidance. (…) When we think of politeness in western cultures, it is negative politeness behaviour that springs to mind… The outputs are all forms useful in general for social “distancing” (just as positive politeness realizations are forms for minimizing social distance) [15].

Cette distance sera conférée par un certain nombre de procédés que Kerbrat-Orecchioni classe en procédés «substitutifs» : je voudrais plutôt que je veux et procédés « additifs » de l’eau s’il vous plaît plutôt que de l’eau [16]. Ces procédés sont souvent cumulés dans un énoncé comme dans : je voudrais de l’eau, s’il vous plaît.

Nous trouvons de nombreuses instances de l’imparfait de politesse dans nos messages, autant en anglais qu’en français : I just wanted to say hello (52.1). Je te rappelais à propos de … (71.1). Le conditionnel apparaît également : If you do, could you  possibly call me at the office (10.5) Pourriez-vous me rappeler cet après-midi si ça vous est possible, sinon lundi (41.1). D’autres procédés syntaxiques de la politesse négative sont la formulation négative : Tu n’aurais pas vu mon maillot de bain, par hasard ? ou une manipulation de la deixis personnelle qui, pour opérer une mise à distance tend à privilégier les formes impersonnelles en remplacement de pouvez-vous ? : Est-ce qu’il est possible que vous me rappeliez au….. (…) (28.2)  ou de peux-tu ? : il faudrait que tu me donnes ton numéro de sécu (71.1).

Il y a aussi  l’ensemble des procédés par lesquels on anticipe une réaction négative possible de la part du destinataire de l’énoncé et tente de le désamorcer[17]. Une des manières de désamorcer cette réaction négative possible est de se montrer pessimiste quant à la réalisation possible de la demande, par exemple :  mais si tu as autre chose à faire , ehh, ou tu as plus envie ou tu n’as pas envie, c’est vraiment pas un problème, c’est vraiment pas un problème si tu ne viens pas (6.5). Cette façon détournée de suggérer le refus ne serait peut-être pas comprise comme forme de respect dans une culture privilégiant la politesse positive.

Les stratégies qui consistent à dissocier les interlocuteurs de l’acte en question peuvent avoir des conséquences syntaxiques (n°7 : impersonalize S and H : avoid the pronouns «I» and «You» ; n°8 : State the FTA as a general rule et n°9 : Nominalize). Dans les trois cas, il s’agit de dépersonnaliser le locuteur et l’interlocuteur en évitant les pronoms «je», «tu», «nous», «vous», et en nominalisant : Nathalie m’a transmis votre … le courrier que vous me destiniez … appelez-moi à votre retour (42.4). Un bref aperçu comparatif de quelques rapports d’activités français et anglo-saxons (surtout américains) révèle un usage bien plus fréquent des pronoms en anglais qu’en français. L’entreprise américaine Duke annonce : We made promises, and we’re delivering. La première phrase du rapport de General Electric fait référence à : your company.

 

Conclusion

Ainsi, nous avons pu repérer un certain nombre de moyens linguistiques dont nous disposons pour éviter l’échec interactif et nous voyons plus clairement comment la protection de la face peut se réaliser dans le langage. Il nous apparaît également que le modèle Brown / Levinson est fécond et utile pour déterminer la nature de ces réalisations linguistiques. Alors que l’on connaît bien l’imparfait de politesse, peut-être sommes-nous moins conscients de la fonction sociolinguistique des moyens auxquels nous aurions recours pour établir un terrain commun, tels la manipulation déictique. Effectivement, comme le soulignent Brown et Levinson, lorsque nous pensons à la politesse dans nos sociétés occidentales, c’est habituellement la politesse négative qui nous vient à l’esprit, alors que le modèle universaliste de Brown et Levinson permet de rendre compte d’une gamme beaucoup plus vaste de faits linguistiques.

Dans le cas des langues que nous avons traitées dans la présente étude, nous voyons apparaître certaines similitudes et certaines différences qui devraient être recensées avec davantage de précision dans une étude plus vaste sur ce même thème. Mais l’état de nos réflexions nous amène à suggérer que le français « tendrait » vers le modèle de la politesse négative. Brown et Levinson situent l’anglais (US) plutôt dans l’axe de la politesse positive, ce qui nous semble justifié.

En effet, l’anglais tend à privilégier les structures syntaxiques qui exigent un agent en position de sujet syntaxique : we must do it, alors que le français tend à privilégier les formulations où l’agent se «noie» un peu dans la phrase : Il faut le faire. La valeur de ces deux énoncés semble bien correspondre au modèle de la politesse positive pour l’anglais : il s’agit d’inclure, d’affirmer le sentiment d’une coopération. Le français en revanche, dans ce type d’usage, s’accorde bien avec le modèle de la politesse négative, dans le mesure où la structure de l’énoncé permet de maintenir une distance, un recul, une réserve. Dans le domaine du lexique, l’usage des superlatifs, de l’anglais surtout, surtout en anglais US, acquiert une valeur importante à la lumière de ce modèle de politesse. Leur absence peut constituer une offense. L’intonation de l’enthousiasme, de l’optimisme remplit également une fonction dans les valeurs de la politesse positive et un hello monocorde peut être interprété comme une impolitesse, tout comme une «surintonation» en français pourra être perçue comme une indélicatesse, une atteinte aux bonnes mœurs, qui exigent une réserve dans l’intonation même [18].

Il nous serait utile de prendre en compte les différences entre les manifestations linguistiques de la politesse d’une langue à l’autre. Une traduction littérale risque de ne pas se replacer dans le code approprié. Pour remplir sa fonction, un acte de parole devra être adapté au modèle qui sous-tend chaque langue.

Si la notion de politesse est comprise dans un sens large, comme un ensemble de règles régissant l’interaction, alors de nombreuses incompréhensions peuvent être identifiées et peut-être même désamorcées grâce aux « clés » que nous apportent  Brown et Levinson. Un article intitulé  «Managers, on guette ce que vous dites : surveillez votre langage !» paru dans Management en février 2000 me semble révéler des exemples de ce type d’incompréhension [19]. On dit du Directeur général de l’opérateur de télécommunications Télé2 France, Jean-louis Constanza, qu’il fait la chasse à l’hypocrisie : «Quand ça va mal, je ne dis pas, comme certains patrons : “des défis et des opportunités s‘ouvrent devant nous…” Je dis : “Les gars, on a un gros problème !”». Du PDG de Moulinex, Pierre Blayau, on dit «(il) dénonce, lui, l’abus du“je” dans le discours des patrons : “je proscris toute expression laissant entendre que je m’approprie l’entreprise. Non, ce n’est pas mon groupe, c’est Moulinex.”». L’auteur de l’article poursuit avec ce commentaire : «Ces mots vides de sens ont pour effet de déclencher l’incrédulité». Sans doute ces formulations se sont-elles infiltrées dans le langage de l’entreprise par le biais de cet anglais qualifié «d’anglais des Affaires qui marchent», un anglais plutôt américain, vigoureusement promu par les grands cabinets de consultants et devenant rapidement le langage commun aux multinationales. Cet anglais est tissé de valeurs de la politesse positive, or celles-ci, retranscrites dans la langue et la culture françaises, finissent par créer un trouble. L’optimisme  amplifié est perçu comme une hypocrisie, l’usage du je  fait l’effet d’une appropriation malsaine.

Une dernière remarque sur les implications de l’étude des manifestations linguistiques de la politesse. L’homme éprouve souvent la plus grande difficulté à reconnaître que son modèle moral, social, religieux, linguistique n’est pas forcément le seul modèle envisageable. Une conscience plus aiguë des politesses et de leurs réalisations linguistiques pourrait peut-être contribuer à une meilleure compréhension des différences et permettre d’y naviguer avec une plus grande aisance.

Actes de la journée d’étude de la formation doctorale de linguistique générale appliquée n°6,

 

Notes

[1] GUILLEMIN-FLESCHER, 1981, Syntaxe comparée du français et de l’anglais, Ophrys : de nombreuses différences entre le système verbal de l’anglais et du français y sont relevées. Le constat suivant nous intéresse tout particulièrement : «Il semble en effet (…que) le français tende davantage vers une opération d’assertion qui neutralise en quelque sorte la relation inter-énonciateurs ; l’anglais au contraire met la relation inter-énonciateurs en valeur (…).» p.463.

[2] La première édition de leur ouvrage, Politeness, some Universals in Language Usage, parue en 1978, a été enrichie, en 1987, lors de sa réédition, d’une nouvelle introduction faisant état des critiques du modèle proposé. En France, dans le deuxième tome de son ouvrage  Les intéractions verbales, Catherine Kerbrat-Orecchioni présente son interprétation du modèle de Brown et Levinson, et quelques réserves.

[3] BROWN Penelope, LEVINSON Stephen, 1986, Politeness : Universals in Language Usage. Cambridge : Cambridge University Press (1978) p.61.

[4] Cette terminologie est discutable car il n’y a aucun jugement de valeur attaché à la notion de «négatif» et «positif», mais je m’y tiendrai par commodité.

[5] Trois critères sont ensuite identifiés qui permettent une lecture plus fine des mécanismes mis en œuvre dans l’évitement du FTA : […] research seems to support our claim that three sociological factors are crucial in determining the level of politeness which a speaker (S) will use to an addressee (H) : these are relative power (P) of H over S, the social distance (D) between S and H, and the ranking of the imposition (R) involved in doing the face threatening act (FTA)

[6] Le choix de ce corpus mérite quelque explication. Le message sur répondeur est toujours un élément dans un dialogue sous-jacent, potentiel, mais son contre-pied dialogique subit un délai de réponse. L’émetteur du message est d’autant plus conscient de sa formulation car il ne pourra pas se «rattraper» dans l’élan du dialogue. Dans la formulation de ses demandes ou de ses réponses donc, il appliquera consciencieusement et souvent inconsciemment toute la gamme du comportement langagier lié à l’évitement de l’offense potentielle présente dans toute interaction. De plus, les énoncés sur répondeur sont un lieu très condensé de situations qui frôlent l’offense potentielle. Il y a peu de «bavardage» sur répondeur. Presque chacun des soixante-dix messages enregistrés contient une fonction précise liée à une demande, et la requête est un des lieux privilégiés pour l’offense potentielle, et s’avère être, par conséquent, une des situations de communication lors desquelles un grand nombre de mesures préventives peuvent être engagées.

[7] Dans l’étude de cette stratégie donc, l’intonation est capitale. Cependant nous ne pourrons nous en tenir qu’aux manifestations syntaxiques et lexicales dans la présente étude, tout en mentionnant que les intonations de notre corpus représentent, à elles seules, un objet d’étude qui mériterait une analyse.

[8] Similary in Tamil, positive politeness exaggerations abound : (lit. He built the house terrifyingly. (conversationally implicates : he built it amazingly lavishly ; he really splashed out) […] One American visitor observed that the women, talking to one another, sounded as if they were ‘acting in a play’, their emotional expression was so dramatized. (Brown and Levinson, p.105)

[9] Le français fait également usage de ce type de lexique, comme l’illustre notre usage de «bataille» ou, par exemple, «Allez, on attaque le problème», mais il nous semble qu’il s’agit d’un phénomène bien plus fréquent et plus flagrant dans le langage de l’entreprise américaine.

[10] Brown Penelope, LEVINSON Stephen, 1986, Politeness : Universals in language Usage. Cambridge : Cambridge Univesity Press (1978). P.121

[11] Ibid., p. 121

[12] Il apparaît que notre corpus ne présente pas de nombreux cas de manipulation déictique locative par le biais du verbe « venir ». Mais il serait erroné d’en tirer une conclusion quelconque. Au contraire, il nous semble qu’il s’agirait là d’une question à étudier : la manipulation déictique locative est-elle plus fréquente en anglais qu’en français ?

[13] BROWN Penelope, LEVISON Stephen, 1986, Politeness : universal in Language Usage. Cambridge : cambridge University Press (1978). p. 127

[14] Il existe une expression en anglais qui fait référence à ce «nous» inclusif pour la «requête» : «What’s this we white man ?». Il s’agirait  d’un esclave qui tourne  en dérision la formulation qu’utilise son maître, qui lui avait peut-être dit : «We have to hurry up and pick this cotton !».

[15] BROWN Penelope, LEVISON Stephen, 1986, Politeness : universal in Language Usage. Cambridge : Cambridge University Press (1978). p.130

[16] La plus grande partie des procédés substitutifs sont appelés « désactualisateurs modaux, temporels ou personnels » et ont pour fonction commune de mettre à distance la réalisation de l’acte problématique. Quant aux procédés additifs, il s’agit souvent de ce que Kerbrat-Orecchioni appelle des « amortisseurs », les procédés qui ont pour but «d’arrondir les angles» d’un FTA potentiel.

[17] KERBRAT-ORECCHIONI Catherine, 1992, Les interactions verbales, tome 2, Paris, Armand Colin, p.222.

[18] La question des variations régionales pourraient être prises en compte dans une étude plus vaste sur le sujet.

[19] PERRIN Dominique, février 2000, «Managers, on guette ce que vous dites : surveillez votre langage», Management, pp. 93 à 96.

Actes de la journée d’étude de la formation doctorale de linguistique générale appliquée n°6,