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Penser en français, Thinking in English
Danielle Brunon
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This article was published within the framework of the Journée de l’École Doctorale of the University René Descartes (Paris V — Sorbonne), dedicated to the themes of Education, Language and Society, under the direction of Jean-Michel Berthelot, November 1999. All the texts were published under the title "Recherche Sociales, Jalons et segments," Harmattan, 2001.
Le travail de DEA que j’ai mené sous la direction de Fernand Bentolila à l’Université de Paris V, m’a incitée à poser la question du lien entre langue et pensée. La question n’est certes pas nouvelle. En linguistique, elle suscite immédiatement une hypothèse, formulée dans les années 50, selon laquelle la langue déterminerait la pensée. Or, formulée ainsi, de manière déterministe, l’hypothèse que l’on appelle Sapir-Whorf n’est pas très défendable et a été systématiquement réfutée. Et ainsi, la question même se trouve assez rapidement écartée.
Cependant, il semble qu’avec prudence, quelques questions pourraient aujourd’hui, être réexaminées. Par exemple, dans une langue donnée, peut-on identifier des éléments linguistiques qui contribueraient particulièrement à la construction de schémas cognitifs ? Et dans une optique comparative, quelles différences linguistiques seraient éventuellement susceptibles d’entraîner des différences cognitives leur correspondant ?
Une certaine précaution est d’autant plus nécessaire qu’il s’agit d’un terrain d’investigation dangereux, qui peut bien vite mener à des clichés. Ainsi «puisque la grammaire japonaise n’exige pas de sujet dans la phrase, il est clair que les Japonais sont moins aptes que d’autres à assumer les responsabilités».
Par ailleurs, c’est une question qui entraîne souvent des jugements de valeur. N’y a-t-il pas eu des linguistes qui se sont évertués à démontrer la supériorité de la langue et donc de la pensée allemande, à partir des années trente ?
Et puis, il y a les arguments qui relativisent utilement toutes ces interrogations sur la relation entre langue et pensée, comme ceux de Mounin ou de Benveniste. Même si les catégories de langue entraînent des catégories de pensée, il est sans doute possible de trouver des correspondances d’une langue à l’autre et finalement, dans une langue donnée, presque tout peut se dire, et ces différences n’empêcheraient pas les hommes de se comprendre. Alors le fait même d’approfondir cette question conduirait à une impasse.
Mais est-il si sûr que l’on arrive sans difficulté à transmettre le message souhaité à travers les différences linguistiques et culturelles ? Mon engagement professionnel au service d’une meilleure efficacité linguistique dans les grandes entreprises m’a conduite à observer et à prendre la mesure des difficultés rencontrées par les dirigeants qui sont confrontés à des marchés élargis, par exemple dans le passage d’un marché national à un marché européen ou mondial. Dans ce contexte, j’ai bien sûr été intéressée par les travaux de Philippe d’Iribarne, chercheur au CNRS et particulièrement par son ouvrage Cultures et Mondialisation, dans lequel il évoque ses recherches sur l’impact de la culture dans l’entreprise. Il confirme que de multiples malentendus au sein d’équipes multiculturelles peuvent être dus, entre autres, à une compréhension radicalement différente d’un même mot.
La recherche que je mène concerne les difficultés que peut rencontrer l’entreprise française dans l’usage de l’anglais, aujourd’hui langue véhiculaire incontournable. Ces difficultés révèlent bien sûr le caractère parfois hermétique pour les Français de l’univers anglo-saxon dont les valeurs s’imposent avec brutalité dans le monde des affaires. Mon cabinet de conseil linguistique (BCL) travaille auprès de la Présidence d’une grande Entreprise Publique, où il est chargé d’aider la direction à trouver le langage permettant de faire passer, en anglais, l’image d’une réalité française au monde anglo-saxon.
Bien que mon travail en linguistique porte essentiellement sur la syntaxe, il est plus simple de saisir la nature des difficultés rencontrées par le biais du lexique. Prenons l’exemple de l’usage du terme « service public ». Comment faire comprendre que les services publics ou que les entreprises publiques sont souvent chargés de vertu et de compétence voir de performance en France et donc en français quand les public services ou les public companies- traduction littérale - ne sont souvent chargés que de médiocrité, d’échec, d’insuffisance et d’incompétence dans le monde anglo-saxon ? Une campagne publicitaire internationale qui vanterait les qualités de l’entreprise en faisant référence à « une longue tradition de service public » dont la traduction correcte serait A long tradition of public service, ne saura aucunement avoir l’effet voulu. Les racines de cette différence devraient être étudiées en sociologie, ou en sciences politiques, mais en tant que linguiste, nous pouvons identifier les associations culturelles dont un terme est porteur, et celles qui participent à sa portée sémantique. Dans le cas de l’exemple cité, on recommandera de n’utiliser le terme de public service que déterminé par le qualificatif quality. Et on ne pourra exprimer la notion de « service public » que par le biais de la formule quality public service, on parlera alors systématiquement d’une long tradition of quality public service. On pourra pousser l’exercice plus loin, en recommandant d’expliciter les valeurs du «service public à la française» : We give top priority to quality service, technical excellence and social responsibility.
Un autre exemple m’a été fourni par le directeur d’une entreprise anglaise. Selon lui, le message à faire passer à mes interlocuteurs français, était de leur conseiller d’éviter l’usage du mot problem et de le remplacer par le terme issue, dont le sémantisme connote déjà la sortie du problème, voire sa résolution, ou encore de recourir au mot challenge. Un de mes corpus d’ailleurs, résultant de quatorze réunions entre Français et Américains à Washington, révèle l’utilisation perpétuelle et presque exclusive du terme issue. J’ai également eu l’occasion, lors d’un journal télévisé à CNN, de remarquer que le président Clinton faisait référence à la Asian challenge : «le challenge asiatique» alors que le monde entier ne parlait que de la «crise asiatique».
Une fois résolus, les problèmes semblent bien simples, mais les lieux d’incompréhension potentielle sont souvent difficiles à identifier. Et ils sont nombreux, les problèmes linguistiques qui ont, ou peuvent avoir des conséquences extra-linguistiques. Ainsi une campagne de publicité internationale n’aura pas l’impact souhaité. Un candidat qui recourt par trop au terme problem ne sera peut-être pas retenu car il ne sera pas perçu comme un homme d’action. Ici, la langue est lourde de conséquences néfastes dès lors qu’une communication interculturelle, pourtant essentielle au bon développement du jeu économique international est rendue impossible.
Ces quelques exemples n’ont pour but que d’illustrer les difficultés rencontrées. Mais ma recherche porte sur un domaine sans doute inexploré, un chantier en friche, celui du lien entre syntaxe et schémas cognitifs, au niveau du système verbal. En tant que linguistes, pouvons-nous identifier dans une langue certains axes structurels récurrents qui seraient peut-être susceptibles d’influencer ou de renforcer une pensée culturellement spécifique ? Prenons l’exemple du temps. dans son article Sémantique des catégories de l’aspect et du temps, Desclés rappelle que ce sont les formes linguistiques qui créent les schémas cognitifs - par exemple une ligne droite - nous permettant d’appréhender le temps. Mais ces schémas sont loin d’être universels.
Permettez-moi un petit détour en terre indienne. Le linguiste Benjamin Whorf, auquel Desclés fait référence, avait étudié le temps linguistique des indiens Hopi, découvrant que leurs représentations temporelles ne correspondaient pas aux représentations Newtoniennes qui sont les nôtres et que nous avons tendance à croire universelles. La langue Hopi comporterait trois « temps » : le temps manifeste, le temps non manifeste, et le temps situé en dehors de la manifestation possible. Le temps manifeste est le temps de tout ce qui est observable, et correspondrait, s’il fallait traduire un texte Hopi, à nos notions de passé et de présent. (L’enfant a grandi, mon fils est malade, il a plu). Le temps du non-manifeste englobe tout ce qui est en puissance dans l’univers car pour l’indien Hopi, l’homme agit sur la nature, à travers la pensée. Le temps du non-manifeste pourrait correspondre à notre futur, à notre conditionnel, à notre subjonctif. (Que la pluie tombe, l’enfant sera guéri, nous irons ce soir). Le temps hors sphère de la manifestation possible est le temps de leurs récits mythiques, une troisième dimension sur laquelle l’homme n’a pas de prise.
Ce petit aperçu extrêmement simplifié du temps du verbe dans la langue Hopi n’ a pour but que de montrer à quel point nos certitudes occidentales peuvent être mises en question par des modèles différents des nôtres. Les différences entre l’anglais et le français, susceptibles de produire des schémas cognitifs différents, telles que nous les identifions sont peut-être moins radicales, mais n’en sont pas moins profondes. Jusqu’à présent, mon travail de recherche en linguistique a essentiellement porté sur certaines différences marquantes entre le système verbal du français et de l’anglais.
Mais une fois ces différences identifiées et quel que soit l’intérêt qu’elles présentent, comment peut-on aller plus loin en s’interrogeant par exemple sur le lien éventuel entre ce que l’on pourrait appeler les thèmes ou les axes structurels d’une langue et ses schémas cognitifs ?
Sur ce point, un ouvrage peu connu en France, de Alfred Bloom, alors professeur de linguistique et de psychologie et aujourd’hui Président de l’Université de Swarthmore, The Linguistic Shaping of Thought, datant de 1981, a retenu mon attention.
Le sous-titre de son ouvrage, «A Study in the Impact of Language on Thinking in China and the West» (Une étude de l’impact de la langue sur la pensée en Chine et en Occident), précise l’objectif de son projet. Il se propose de démontrer qu’une structure grammaticale particulière a une influence sur la pensée des locuteurs, car elle facilite la construction des schémas cognitifs. Son étude porte sur ce qu’il appelle les «counterfactuals», les structures visant à exprimer l’hypothèse irréelle comme dans «si j’avais su…», qui ne seraient pas grammaticalisées dans la langue chinoise. Il y a peu de doute que tout ne puisse pas se dire, d’une manière ou d’une autre, dans toutes les langues. Comme le dit Denise François, linguiste à Paris V : «Aucune langue n’est débile». Mais la question demeure : bien que tout puisse se dire, de manière plus ou moins économique, dans toutes les langues, est-ce qu’une manière particulière de catégoriser le monde, à travers la grammaire d’une langue donnée, peut influer sur les schémas cognitifs des locuteurs ? Bloom présente les résultats de dix ans de recherche, qui montrent que c’est effectivement le cas. Les locuteurs chinois seraient moins portés à la supposition hypothétique. C’est un type de réflexion qu’ils caractérisent de «unchinese».
La syntaxe est un lieu d’investigation particulièrement intéressant, par rapport au lexique. Puisque nous nous proposons d’explorer si, et comment les structures linguistiques participeraient à la construction d’une vision du monde, il faut étudier les aspects de la langue qui ont le moins d’« appui » au niveau de la perception. Le lexique des couleurs, qui a fait l’objet d’une étude peu fructueuse, est lié à l’existence réelle des couleurs, et ce n’est donc pas le domaine le plus intéressant pour les recherches en question. Au contraire, les structures linguistiques qui découpent le temps, par exemple, sont plus propices à ce genre d’étude. Car en effet, sans le découpage linguistique, comment peut-on appréhender le temps ?
Le travail de Bloom m’a incitée à vouloir approfondir ces questions pour l’anglais et le français. La langue anglaise, dans sa syntaxe même, me semble porteuse de certaines valeurs bien ancrées dans le monde anglo-saxon. Méfions-nous des clichés dont les formations interculturelles dans les entreprises, par exemple, sont jonchées. C’est pour les éviter que j’ai voulu mener cette recherche dans le cadre de l’université, protégée par une certaine rigueur de la linguistique. Au cours de ces dernières années, j’ai eu l’occasion d’analyser de nombreuses interactions entre Français et Anglo-saxons (surtout Américains) dans le cadre de l’entreprise.
Confrontés à un problème, la plupart des Français commencent par en analyser les causes, les racines, les sources, bref à en rappeler l’historique avant d’élaborer les solutions qui leur paraissent adaptées. Les Américains s’impatientent vite au cours de ces réunions et veulent passer à l’action, tenter des expériences, trouver des solutions possibles. Or, au niveau linguistique nous constatons que la langue française dispose d’un arsenal de formes verbales pour exprimer le passé, alors que l’anglais dispose d’un arsenal pour exprimer le présent et le futur. Il y a six formes en anglais pour rendre le présent du français. En revanche, le prétérit de l’anglais peut être rendu par huit formes différentes en français. Y aurait-il ici un lien entre arsenal des temps et fréquence de leur usage et approches culturelles des problèmes ?
L’interaction elle-même peut être culturellement chargée. La conversation française est jalonnée d’interruptions (5 minutes d’un débat à France Culture le montrent bien), la règle de la conversation dans un contexte américain, est celle du tour de parole, ponctuée, de la part de l’auditoire, de signes d’écoute attentive. Or, la langue anglaise dispose, dans la manipulation des auxiliaires d’un « outil d’écoute » extrêmement sophistiqué. Si quelqu’un me dit « I went to England last year », je réponds poliment, même si c’est distraitement did you ?. Or, inconsciemment, il m’a fallu faire une analyse linguistique complexe. le verbe de la proposition initiale étant sans auxiliaire, j’ai dû en ajouter un et pour qu’il corresponde au verbe, il m’a fallu également tenir compte du temps du verbe. Cette réponse a donc été impossible sans l’analyse de l’énoncé auquel j’ai réagi. Une réaction fausse telle will you aurait suscité immédiatement chez mon interlocuteur la suspicion de ma non-écoute et de mon impolitesse. L’équivalent français, « Ah bon ? » en revanche, n’exige aucune manipulation grammaticale. Rien n’est donc plus difficile à un Français, aussi cultivé soit-il, de manifester avec une telle expression la qualité de son écoute. La culture est peut-être plus présente qu’on ne le croit dans la manifestation courtoise. Y aurait-il un lien entre règles interactives et grammaire de l’auxiliaire ?
En outre, l’Anglais dispose de moyens importants pour mettre l’accent sur le processus en cours, surtout dans l’utilisation toujours croissante de sa forme en -ing. J’ai récemment relevé que 85% des verbes du discours d’un PDG d’entreprise américaine étaient à la forme en -ing. «The world is changing, the opportunities are increasing, the field is evolving». Une forme grammaticale serait-elle porteuse d’une valeur d’innovation, d’adaptation, de dynamisme, valeur si affichée dans le monde anglo-saxon ?
Les questions que nous posons ici ne prêtent pas à des réponses faciles. Cependant, ne pourrait-on pas considérer que le fait même de les poser est une manière de reconnaître l’importance de la différence ? Une manière de respecter d’autres perspectives que celles qui nous sont les plus familières ? Une manière de sonder l’altérité afin d’aboutir à une meilleure compréhension ? Et qu’à ce titre ces questions doivent être posées (ou reposées) ? Une chronique récente de Roger Pol Droit, dans le Monde du 12 novembre 1999, était intitulée « les autres pensent aussi ». Il y fait référence à une correspondance entre le linguiste Wilhem von Humbolt et le Français Jean Pierre Abel Rémusat, datant de 1831. La question était de savoir dans quelle mesure les particularités de la langue chinoise modifiaient la pensée de ceux qui l’utilisaient. « Le monde multiculturel où nous sommes voit revenir de veilles questions enfouies…Ce que l’occident a du mal à saisir, c’est que les autres pensent. Réellement, quoique différemment. Logiquement, bien que selon d’autres perspectives.» [1] Dans un article intitulé «Vivre la Différence», Jacques Gravereau, Directeur de l’HEC Eurasia Institute s’interroge sur les différences culturelles entre le monde asiatique et le monde occidental. Il examine les implications des écarts linguistiques, qu’il considère comme le reflet de cultures différentes. Les conséquences pour la communication ne sont pas sans importance : «Comment rendre intelligibles en japonais, en coréen, en chinois, en indonésien, les notions occidentales d’égalité, d’individu, de droit, de responsabilité… On voudrait des règles du jeu communes, mais se soucie-t-on toujours de la vision qu’en ont, localement, les joueurs ?» [2].
Lorsque les cultures plutôt lointaines se rencontrent, il est parfois plus évident d’identifier la différence et de s’en préoccuper. Si je souhaite travailler sur le français et l’anglais, c’est parce qu’il me semble qu’au sein même de notre Occident, nombreux sont ceux qui semblent avoir du mal à saisir d’une part, que leur manière de penser et de dire n’est pas forcément partagée et comprise, et que d’autre part le message de l’autre est un dire qui incarne peut-être une autre pensée, une autre culture, une autre vision du monde qui mérite attention. Pour cette raison, à l’heure de ce que l’on appelle la mondialisation, il me paraît intéressant de rapprocher l’université de l’entreprise dans ce domaine linguistique.
Bibliographie
- BLOOM A., The Linguistic Shaping of Thought, A study in the Impact of Language on Thinking in China and The West, New Jersey, Lawrence Erlbaum Associates, 1981.
- CHUQUET H. & PAILLARD M., Approche Linguistique des problèmes de traduction, Paris, Ophrys, 1989.
- DESCLES J.-P., «Quelques concepts relatifs au temps et à l’aspect pour l’analyse des textes», Études Cognitives, vol. 1, «Sémantique des catégories de l’aspect et du temps», Varsovie, Académie des Sciences de Pologne, Institut de Slavistique, 1994, p 57-88.
- «Remarques sur la notion de processus inaccompli», Sémiotiques, n°5, «Temps : image et discours», Paris, Didier érudition, 1993, p. 31-57.
- GUILLEMIN-FLESCHER J., Syntaxe comparée du Français et de l’Anglais, problèmes de traduction, Paris, Ophrys, 1981.
- D’IRIBARNE P., HENRY A., SEGAL J.-P., CHEVRIER S., GLOBOKAR T., Cultures et Mondialisation. gérer par delà les frontières, Paris, Seuil, 1998.
- MANDELBAUM D.-B. (éd.), Selected Writings of Edward Sapir in language, culture and personality, Berkeley and Los Angeles, University of California Press, 1958.
- PALMER L.-R., «Descriptive and Comparative Linguistics : A critical Introduction», in FABER & FABER, Language and «world picture» (Weltbild), London, 1972, p. 374-382.
- SAPIR E., Language, an introduction to the Study of Speech, New York : Harcourt Brace and Company, Chapitre X, «Language, race and culture», 1921, p. 207-220.
- VON HUMBOLT W., On Language, The Diversity of Human Mankind (trad. Peter Heath), Cambridge University Press, 1988 (1ère éd. 1836).
- WHORF B.-L., Language, Thought and reality, Cambridge, Mass : The MIT Press, 1956.
Notes
[1] ROGER-POL DROIT, La chronique du Monde, 12 novembre 1999.
[2] GRAVEREAU, J., Géopolitique 62, p. 7-14.