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  Les verbes à particule en anglais

Danielle Brunon

 

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Cette étude a été publiée dans le cadre du Laboratoire «Théorie et Description linguistique» (THEDEL) de l’Université René Descartes (Paris V- Sorbonne) qui travaillait sur le thème «L’expression des relations spatiales dans les langues», sous la direction d’Aziza Boucherit, 1997-1998.

 

Dans Language Thought and Reality, Benjamin Lee Whorf suggère que nos structures linguistiques nous porteraient à penser le monde d’une certaine manière. Nos langues par exemple, que Whorf regroupe sous l’appellation SAE pour Standard Average European, font l’amalgame entre le réel et l’imaginaire et les présentent sous des formes syntaxiques équivalentes. Par exemple, nous pouvons dire « dix hommes » (réel) et «dix jours» (imaginaire), comme s’il s’agissait de deux réalités équivalentes. En hopi, une très nette distinction est faite entre ce qui est observable — «dix hommes» —, et ce qui ne l’est pas. «Ils sont restés dix jours» deviendra «Ils sont restés jusqu’au onzième jour». Ainsi, nos langues nous imposent un certain découpage de la réalité. Mais ce sont essentiellement les conséquences éventuelles de ce découpage qui intéressent Whorf. Les liens qu’il propose d’établir avec l’exemple que nous venons de donner est le suivant : «The Hopi thought world has no imaginary space… The thought then should leave some trace of itself with the plant in the field. If it is a good thought, one about health and growth, it is good for the plant ; if a bad thought, the reverse» [1].

Il découle de cette grande capacité à la symbolisation le fait que nos langues peuvent facilement métaphoriser. Par exemple, nous parlons d’une durée « longue » ou  «courte», en utilisant des termes qui sont, à proprement parler, des termes qui décrivent l’espace. Cet aspect de nos langues découle de toute une tradition linguistique. Whorf propose les exemples de educo – mener en avant, religio – lié en arrière –, qui proviennent du latin, langue qui fait une grande utilisation de la métaphore spatiale ; «Much of (this) metaphorical reference to the non- spatial by the spatial was already fixed in the ancient tongues, and more especially in Latin. … The absence of such metaphor in Hopi speech is striking. Use of space terms when there is no space involved is not there» [2]. Cette tendance de nos langues à métaphoriser à partir du spatial entraînerait, selon Whorf, une vision du monde : «The fact that in Latin the direction of development happened to be from spatial to non-spatial … seems a likely reason … for the persistent notion in Western learned circles (in strong contrast to Eastern ones) that objective experience is prior to subjectiv [3].

Cette métaphorisation des termes qui, à l’origine, décrivent l’espace, est répandue en anglais dans le contexte des «phrasal verbs». «L’anglais a la réputation, souvent justifiée, d’être fortement métaphorique. Cette tendance se trouve notamment favorisée par le jeu sur les prépositions et particules adverbiales et la conversion (transfert fonctionnel d’un mot d’une catégorie grammaticale à une autre sans modification morphologique), les deux facteurs étant conjugués dans les phrasals verbs» [4].  Le verbe drop signifie «laisser tomber», mais le verbe drop in signifie «rendre visite». Ici, la préposition spatiale transforme le sens du verbe. Certains de ces verbes à particule conservent un sens «littéral», par exemple come in ou go out, signifiant simplement «venir dans» (entrer)  ou «aller en dehors de» (sortir), il s’agit là tout simplement d’un syntagme «verbe» + «préposition», dans lequel la préposition apporte une indication supplémentaire mais ne transforme pas le sens du verbe. Certains verbes à particule ou syntagmes verbaux prépositionnels, «phrasal verbs», sont facilement déchiffrables, ainsi le verbe break down qui signifie «tomber en panne» ou «s’effondrer» ou break out  qui signifie «exploser». Dans ces cas, le verbe et la particule s’éloignent de leur sens “premier” tout en conservant une certaine transparence pour l’interprétation. Dans certains cas, les «phrasal verbs» sont relativement indéchiffrables par rapport au sens premier du verbe et de la préposition, comme put up  qui signifie «héberger», littéralement «mettre sur», let down signifiant «décevoir» ou, littéralement, «laisser vers le bas».

Nous avons tenté d’observer le comportement d’un certain nombre de verbes en association métaphorique avec les prépositions spatiales : in, out, up, down, off, on.  Nous souhaitions tester le postulat selon lequel les syntagmes prépositionnels «sur», «dans», «en dessus de», ont une fonction valorisante par rapport aux syntagmes correspondant dans le système : «sous», «en dehors de», «en dessous de», en analysant le sens conféré à quelques verbes par les propositions équivalentes en anglais. Cet aspect de «valorisation» est-il préservé dans l’usage métaphorique ?

Une fonction courante de la préposition up est à noter. Up confère parfois une valeur d’aspect complétif à un énoncé, comme dans drink, opposé à drink up. Peut-on dire qu’il y a là «valorisation» ? L’opposition de write up et write down est intéressante. L’on utilisera write up, lorsqu’il sera question d’un certain degré de création, le document devra être créé, ayant donc une certaine importance. We need to write up the contract, write up the project description, etc. «Nous devons rédiger le contrat, la description du projet». La préposition up semble également conférer une dimension «professionnelle» au procès «écrire», car il est difficile de dire I’m going to write up a letter to my mother. Il est difficile de rendre l’absurdité de cet énoncé dans la traduction car il est fort possible de «composer» ou de «rédiger» une lettre personnelle en français. À l’inverse, write down, aura le sens de «noter», probablement de noter un peu rapidement, «au vol» : Wait, I’ll forget, let me write it down. «Attendez, je vais oublier, laissez-moi juste le noter».  Ce contraste nous a incité à creuser davantage la question de la fonction «valorisante» ou «dévalorisante» des prépositions.

 

Bibliographie

  • CHUQUET, Hélène, PAILLARD, Michel, Approche Linguistique des Problèmes de Traduction, Anglais -Français, Paris, Ophrys, 1989.
  • DEVILLEZ-BASTUJI, Jacqueline, Structures des Relations Spatiales dans Quelques Langues Naturelles, Genève, DROZ, 1982.
  • PALMER, F.R., The English Verb,  London, Longman, 1974.
  • QUIRK, Randolph and GREENBAUM, Sidney, A University Grammar of English, London, Longman, 1973
  • WHORF, Benjamin Lee, Language, Thought and Reality, Cambridge, mass, The MIT Press.

 

Tableau

(+)  valorisation symbolique
(-) dévalorisation symbolique
(+/-) valorisation symbolique incertaine
exemple : write up (+), write down (-)

  UP
(+)
DOWN
(-)
IN
(+)
OUT
(-)
ON
(+)
OFF
(-)
 
1.Break (casser, briser)
(-)
a. Break it up (-) (disperser) Don’t break up  (-) (se séparer) b. Break down (s’effondrer) (-) c. Break in (interrompre)
(-)
d. Break out (éclater)
(-)
e.
-
f. Break off
(s’arrêter) (-)
2. Come (venir)
(+/-)
a. Come up  (sens littéral) b. Come down
 (sens littéral)
c. Come in (sens littéral) d. Come out (sens littéral) e. Come on! (suivre, continuer) (+) f. Come off (se réaliser) (+) g. Don’t come down on him (punir) (-)
3. Catch a. Catch up (rattraper) (+) b. 
-
c.
-
d.Catch out
(prendre en défaut)
(-)
e. Catch on
(comprendre)
(+)
f.
-
g. To be caught up in something (être mêlé) (-)
4. Keep (garder) (+) a. Keep it up (+) (continuer) b. Keep it down (-) (contenir, réprimer) c. Keep it in (sens littéral) d. Keep out (sens littéral) e. Keep on (continuer) f. Keep off (sens littéral) g. Keep up with it (se maintenir au niveau) (+)
5. Give (donner) (+) a. Give up
(renoncer) (-) 
b.
-
c. Give in (céder) (-) d. Give out (s’épuiser) (-) e.
-
f.
-
g.
-
6. Put
(mettre) (+/-)
a. Put s.o. up (héberger) (+) b. Put s .o. down  (insulter) (-) c. Put in (sens littéral) d. Put out (déconcerter, déranger) (-) e. Put on (feindre, organiser)  (+) f. Put off  (reporter) (-)
7. Set (mettre) (+/-) a. Set up (installer, créer) (+) b.
-
c. Set in (s’amorcer) (+) d. Set out (partir) (+ /-) e.
-
f. Set off (partir) (+/-)

 

Commentaires

Note préliminaire : nous avons sélectionné le sens figuré le plus courant lorsque plusieurs sens d’un syntagme verbal existent.

BREAK

Ces exemples semblent indiquer qu’un sens «négatif » du verbe serait plus porteur que le potentiel de valorisation des prépositions. L’exemple break out est interprété comme syntagme à valeur négative en raison d’un phénomène de « collocation ». Dans les données de «Bank of English» de Collins Cobuild, break out est essentiellement attesté en prédication de syntagmes nominaux tels violence, fire, riots «violences, feu, émeutes». L’énoncé Peace breaks out est attesté dans le contexte de l’Afrique du Sud mais c’est une collocation rare. Break off est identifié comme syntagme à valeur plutôt négative car une collocation fréquente apparaît dans la presse «negotiations broke off», indiquant que les négociations se sont brutalement interrompues. La collocation peut ainsi constituer un moyen de déterminer la valeur positive ou négative d’un syntagme.

COME

La valeur positive de on et la valeur négative de down se réalisent, mais il y a contradiction en 2.f. Come off, qui véhicule, dans certains cas, un sens positif. Dans le sens de «se réaliser», nous percevons un sens  positif, mais dans le cas de Come off it ! «Arrête donc ton cirque !», la valeur devient négative.

CATCH

Le sens positif de catch est renforcé par up et on mais annulé par out. Ici, la préposition domine. (C’est peut-être la négativité qui domine). Il est intéressant de constater que la valence a une incidence sur la valorisation symbolique. Dans catch up, il y a un degré de valorisation, mais non dans to be caught up in something.

CHECK

À la différence de come, la neutralité de check ne semble pas affectée par les prépositions. Come est peut-être davantage influencé par les prépositions spatiales parce qu’il véhicule lui-même une idée de mouvement – ce qui expliquerait peut-être le nombre réduit de réalisations métaphoriques – alors que check véhicule un sens beaucoup plus abstrait et subit de moindres influences par le biais de la préposition spatiale.

KEEP

Up et on véhiculent un sens positif mais comme avec catch out,  la négativité de la préposition prend le dessus dans keep it down.

GIVE

Dans give out, encore une fois, la négativité de la préposition influe sur le sens du verbe. Mais il se produit un étrange phénomène : deux monèmes valorisant give et up s’unissent pour produire un syntagme dévalorisant ! Ici, il faut peut-être chercher du côté de la valeur aspectuelle de up complétif. Cette valeur complétive produit le sens de «donner jusqu’à la fin», jusqu’à l’abandon : «abandonner», «renoncer», qui acquiert alors une valeur dévalorisante. Mais comment expliquer give in, qui présente le même phénomène de retournement des valeurs ?

PUT

Put down, put out et put off véhiculent un sens négatif, très négatif dans le cas de put down. Put up et put on ont un sens plutôt positif. Ici, les valeurs des syntagmes sont en parfait accord avec les valeurs des prépositions.

SET

Up et in confèrent un sens positif.

 

Conclusion

Verbe négatif

La négativité du verbe semble conditionner le syntagme

Verbe neutre

Mettons de côté les 5 syntagmes neutres de check. Certains verbes (c’est le cas de check), peut-être en fonction du degré d’abstraction de leur contenu sémantique, semblent imperméables aux prépositions. Nous obtenons alors 9 syntagmes sur 12 qui suivent le sens des prépositions, 2 syntagmes neutres et une anomalie partielle dans le cas de come off.

Verbe positif

Sur 11 syntagmes, 8 suivent le sens des prépositions, 3 présentent des anomalies, dont give up et give in et dont une semble due à la valence.

Il semblerait donc que la valorisation symbolique inhérente aux prépositions spatiales up, down, in, out, on, off affecte la valorisation du syntagme verbal qu’elles contribuent à former, sauf si  le verbe contient un trait sémique à forte valeur négative, c’est le cas de break. Par ailleurs, l’effet de la préposition peut être modifié par d’autres facteurs tels la valence et le résultat d’une combinaison particulière, comme dans le cas de give up. Il est également intéressant de noter que la négativité de out semble prendre le dessus sur le sens positif du verbe, catch out, give out.

 

Notes

[1] WHORF, Benjamin Lee, Language, Thought and reality, Cambridge, Mass, The MIT Press, 1956, p. 150

[2] ibid., p. 146.

[3] ibid., p. 157.

[4] CHUQUET, Hélène, PAILLARD, Michel, Approche linguistique des problèmes de traduction, Anglais-Français,  Paris, Ophrys, 1989, p. 28.